En déposant mes valises à l’aéroport Pierre Eliott Trudeau de Montréal il y a 3 ans, j’avais deux certitudes : la première, je n’avais aucune idée de l’aventure dans laquelle je m’étais embarquée et la deuxième j’étais convaincue que l’expérience allait être des plus enrichissantes de ma vie. Tel que c’est le cas lorsqu’on rentre en contact avec une culture différente de la nôtre, mon choc culturel s’est fait à différents niveaux : la langue, le système éducatif, la nourriture, le climat, les interactions avec les individus. Eh oui la langue ! En effet, il me fallait être la plus attentive possible en cours ou à l’épicerie pour comprendre ce que disaient les enseignants, les collègues ou les commis, étant donné que l’accent, les mots utilisés, les structures de phrases étaient nouveaux pour moi. De plus, issue d’une famille où la moindre faute de grammaire suspendait une conversation le temps de sa correction, j’ai été très choquée de constater le caractère très particulier du « parler québécois ».
Par ailleurs, le système éducatif a été un autre pas à franchir. Étant admise dans le programme de MBA en Gestion internationale à l’Université Laval, il m’a fallu prendre le rythme de mes cours assez rapidement : il fallait m’intégrer dans les groupes de travail et en apprendre la dynamique liée à mon programme de maîtrise et en plus répartir mes évaluations sur toute la durée de la session pour obtenir et maintenir de bons résultats.
Autre réalité, autre choc : le climat. À bien y réfléchir, si j’avais eu la moindre idée de ce qu’on pouvait ressentir à des températures variant de 20 à 30 degrés sous zéro, de la quantité de neige qui pouvait tomber et de la durée de la saison froide, j’aurais peut-être emporté dans ma valise un tout petit peu du soleil tropical qui m’a tant manqué pendant cette période! Bien entendu le fait de partir loin de sa famille, de ses amis et de quitter les référen-ces sociales et culturelles qu’on a toujours connues demande un grand dépassement de soi dans les relations interpersonnelles, surtout quand vous vous rendez compte que votre « bonjour » dans l’ascenseur revient sans échos ou que les étudiants feignent de ne pas vous connaître dès que la session est terminée quand vous les rencontrez dans les couloirs du pavillon.
 
À la fin de ma première année scolaire, je me suis envolée vers la Chine dans le cadre d’un stage de langue et de culture pendant deux mois, avec des étudiants de différents programmes de l’université. Ainsi, en l’espace d’une année j’ai été plongée dans deux cultures totalement différentes de la mienne. Il y avait donc de quoi perdre mes repères. Cela n’a pas été le cas, du moins c’est ce que je croyais avant que mes amis me fassent remarquer à mon retour mon « accent québécois ». J’avais finalement plus pratiqué mon « québécois » que j’avais appris le Mandarin ! Cela dit, ces éléments ont contribué à fortifier ma personnalité, à saisir les subtilités de ma société d’accueil et à rencontrer des personnes qui sont aujourd’hui des amis très chers.
 
Tout ce cheminement m’a laissé des séquelles indéniables, je me suis découverte une âme d’aventurière que je n’avais jamais soupçonnée et qui provient sûrement du fait que j’ai beaucoup voyagé à l’intérieur de mon pays d’origine du fait de la profession de mes parents qui occasionnait des déménagements assez fréquents. À la fin de mon programme, j’ai donc décidé d’aller au-delà des « frontières » du Québec et de connaître un peu plus ce vaste pays qu’est le Canada et de pratiquer la deuxième langue officielle du Canada. Décision prise et mise en pratique. J’ai débarqué à Vancouver en pleine effervescence des Jeux Olympiques. Je dois avouer que cette période a été riche en émotions pour moi et j’ai célébré l’esprit olympique à l’instar des milliers de personnes qui étaient dans la ville.
 
Encore une autre réalité, encore un autre choc : immersion dans le Westcoast spirit fortement teintée par la culture asiatique. Eh oui la culture asiatique ! J’étais servie, moi qui avait été fascinée par la culture chinoise entre autres. J’en ai également été très choquée lorsque j’ai demandé à une personne originaire de Vancouver quelle était la spécialité gastronomique du terroir vancouvérois et qu’elle m’a répondu les sushis. Ou encore lorsque sur les offres d’emplois être bilingue ne signifiait pas forcément parler Anglais et Français mais Anglais et Mandarin ou Coréen ou Punjabi. Et que dire du West Coast Spirit ? Les Vancouvérois n’ont pas l’air stressés, ils font beaucoup d’exercice, seuls, en famille ou en promenant le petit chien. Au moindre rayon de soleil, qui était rare ces derniers jours, c’est le mot d’ordre pour les claquettes, les lunettes de soleil et les ballades sur les belles plages.
 
J’apprécie vraiment mon expérience au Canada et dans toutes les villes où j’ai vécu. Je sors totalement transformée de cette expérience et j’ai appris à me voir à travers le regard de l’autre. Étant donné que j’ai décidé d’y rester, je pense que ma vision de ce pays aurait été incomplète sans ce voyage qui m’a permis d’avoir un panorama des deux extrémités du Canada. Que dis-je ? J’ai juste commencé à découvrir ce beau pays qui a tant à offrir et je ne compte pas m’arrêter en si bon chemin.