Express du Pacifique / Édition du 19.07.10 / Dossier/ Le vélo, mode de contestation

Le mois du cyclisme a été célébré en juin à Vancouver à travers de nombreuses manifestations. Montrer l’efficacité de ce mode de transport urbain et dénoncer la dépendance aux modes de transport motorisés, tels sont les objectifs des deux principaux événements qui ont attiré notre attention : le World Naked Bike Ride et le Vancouver Critical Mass.

Le World Naked Bike Ride et le Vancouver Critical Mass ont eu pour principal succès le développement de leur notoriété locale. Chacun a su faire parler de lui et augmenter son capital sympathie. Chacun avec sa méthode – respectivement la nudité pour le premier, et l’effet de masse pour le second. Néanmoins, face à ces moyens d’expression indubitablement populaires, il est légitime de se poser la question de leur efficacité réelle.

L’objectif est avant tout d’attirer l’attention : il n’est pas rare que l’effet retombe comme un soufflé dès que la manifestation s’achève. Aura-t-on de nouveaux adeptes du vélo dans les rues de Vancouver dans les semaines à venir ? Seule la météo nous le dira… Parlera-t-on longtemps de la singularité de ces différentes manifestations ? Sans aucun doute ! Elles auront tout de même eu un impact médiatique intéressant dans toutes les villes participantes. Reste pour elles à mobiliser les foules autour des causes qu’elles défendent. Et le pari est loin d’être gagné…

Le World Naked Bike Ride

À l’instar de plusieurs métropoles mondiales, Vancouver a été le témoin le 12 juin dernier du World Naked Bike Ride à Sunset Beach. Depuis l’appel de la « Coordinadora de Colectivos Ciclonudistas» (CCC) d’Aragon (Espagne), cette manifestation réunit depuis quelques années des milliers de cyclistes nus dans de nombreuses grandes villes de la planète.

Comme s’en défendent les instigateurs de cette manifestation « peu ordinaire », l’objectif poursuivi est de dénoncer la mainmise des automobilistes et des transports en commun sur les rues de la ville qui deviendraient dangereuses pour les usagers. Du même coup, évidemment, les protagonistes en profitent pour mettre en exergue l’impact environnemental de leur mode de transport. En somme, la bicyclette a l’avantage non seulement d’être efficace mais aussi écologique.

L’objectif ô combien louable de cette protestation ne minimise pas pour autant l’aspect ludique de celle-ci. En effet, les participants sont invités à se dénuder, à se mettre de la peinture et des dessins sur le corps et ensuite à enfourcher leurs vélos. À Vancouver, les organisateurs ont insisté sur le fait que le degré de nudité incombait à chaque individu et que ces derniers pouvaient se dévêtir au fur et à mesure du parcours. Sous le regard, on s’en doute, interloqué ou amusé des passants. Les « cyclo-nudistes » ont traversé les rues du centre-ville, et particulièrement la très fréquentée Robson Street, avant de revenir sur Sunset Beach pour un pique-nique végétalien. La police urbaine s’est invitée aux abords du cortège, pour sa part, pour protéger les manifestants nudistes, plus vulnérables sur les routes.

Par ailleurs, les autorités ont dû veiller au bon déroulement de la manifestation, car les lois en Colombie-Britannique s’avèrent non figées quant à l’interdiction de la nudité comme moyen de protestation.

Le Vancouver Critical Mass

Dans le même registre, plusieurs dizaines de cyclistes se donnent rendez-vous chaque dernier vendredi du mois à la Vancouver Art Gallery, quel que soit le temps. Qu’il pleuve, qu’il neige, cette manifestation se déroule vaille que vaille jusqu’à son terme pour réclamer plus d’espace dans la sphère publique. De fait, les manifestants espèrent rivaliser un jour avec les automobilistes.

À Vancouver, comme dans plus de 300 villes à travers le monde, la particularité de ce rassemblement réside dans son modus operendi. Tous les cyclistes avancent « en masse », sans jamais respecter les feux de signalisation. Du reste, ces derniers n’ont pas de trajet prédéterminé. Ce qui, forcément, a pour conséquence de provoquer une certaine hostilité de la part des automobilistes. ■

La nudité très utilisée

L’utilisation de la nudité pour la défense de causes n’est pas exclusive au World Naked Bike Ride, bien au contraire… Bon nombre d’organisations y ont recourt. Il est assez fréquent de tomber sur des campagnes publicitaires pour des revendications basées sur des activistes posant dans le plus simple appareil. En octobre dernier, 700 volontaires ont posé nus dans un vignoble français dans le cadre d’une campagne de Greenpeace. La création artistique du photographe Spencer Tunick, qui n’était pas à sa première collaboration avec l’organisation internationale, visait à attirer l’attention des dirigeants de la planète sur les dangers du réchauffement climatique. Dans la même veine, l’organisme People for the Ethical Treatment of Animals (PETA) « se met à nu » pour sa campagne Rather Go Naked Than Wear Fur (Plutôt être nu que porter de la fourrure).  ■

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