La Source / Édition du 20.09.10 / La Une / « Monsieur, vous êtes Mongol ou Chinois ? »

Les arrivants, un documentaire poignant qui plonge le spectateur au cœur d’une réalité très souvent méconnue, celle des demandeurs d’asile. En effet, les réalisateurs Claudine Bories et Patrice Chagnard présentent à travers ce film les difficultés vécues autant par les étrangers, que par les agents de l’organisme à but non lucratif chargé de les accueillir : le centre CAFDA (Coordination de l’accueil des familles demandeuses d’asile) de Paris 20ème en France. Créée par le CASP (Centre d’action sociale protestant) en 2000 à la demande des pouvoirs publics, cette organisation a pour mission de recevoir ces personnes, de permettre leur hébergement temporaire, de les orienter et de les accompagner à la fois au niveau social et juridique tout au long de la procédure de demande d’asile.

Qui sont ces arrivants ?

Ce sont des familles, des couples, des enfants, des femmes enceintes. Chacun avec un parcours qui lui est propre, chacun s’exprimant dans sa langue maternelle, mais tous avec le même besoin, celui d’être accepté dans un pays où ils pourront avoir l’espoir d’une vie décente, pour eux-mêmes ou ne serait-ce que pour leur progéniture. Certains, ayant été victimes de passeurs, arrivent épuisés et dépouillés sans comprendre l’imbroglio des procédures administratives françaises pour l’obtention du précieux sésame qui leur garantira un nouveau départ.

Qui sont les accueillants ?

L’emphase est également mise tout au long du documentaire sur deux accueillantes en particulier, des assistantes sociales. Différentes dans leurs personnalités et dans leur manière de travailler, elles mettent à nu les limites de l’organisme notamment en termes de ressources disponibles. Elles essaient du mieux qu’elles peuvent, d’apporter de l’aide aux personnes qui leurs sont confiées, avec une certaine rigidité, de la désorganisation et parfois avec une attitude qui pourrait s’apparenter à de la désinvolture.Elles expérimentent à longueur de journée toutes sortes de sentiments contradictoires : empathie, colère, frustration, joie et impuissance. Le spectateur serait tenté par moments de se demander d’où leur vient la motivation de faire ce travail et comment elles arrivent à répondre à ces familles dont la détresse et les besoins sont si considérables.

Le fait de quitter son pays natal est en soi une étape très difficile. Le faire sous la contrainte et par des moyens illicites encore plus. De peur de représailles ou même par méconnaissance, les demandeurs d’asile ne fournissent pas toutes les informations nécessaires pour le traitement de leur demande. La barrière de la langue est à son plus haut niveau. Les arrivants ont à faire à des personnes qui ne comprennent pas leur dialecte, à des interprètes dont l’anglais est aussi approximatif que celui du nouveau venu ou à d’autres qui ne peuvent être contactés que par téléphone. « Il est Mongol ou pas Mongol ? Mongol ou Chinois », demande un agent d’accueil totalement à bout de nerfs. Ce dernier n’est visiblement pas au fait de l’existence d’une région autonome en République Populaire de Chine du nom de Mongolie Intérieure (Inner Mongolia), totalement différente du pays indépendant du même nom.

Un film sobre et touchant dont les protagonistes mettent en perspective la question de l’immigration avec acuité, nota-mment en ce qui a trait à sa nécessité pour les pays occidentaux qui, pour pouvoir conserver le train de vie de leurs sociétés, misent sur le maintien d’un flot constant d’immigrants « sélectionnés ». En effet, en étant confronté la plupart du temps à l’immigration économique et sélective, la question des réfugiés reste très peu abordée. Souvent, elle ne défraie les manchettes que lorsqu’on découvre des personnes qui ont péri en tentant de traverser les eaux internationales sur des embarcations douteuses. Avec ces familles, c’est une réalité rude, choquante et bouleversante qui débarque dans le confort de nos vies et qui contribue à illustrer une situation empreinte de fortes émotions.

Ce documentaire a été tourné entre mai et octobre 2008 et vaut sans aucun doute le détour. Il a déjà été plusieurs fois primé depuis sa sortie. Il a reçu entre autres le prix Verdi au Festival de Leipzig et celui du meilleur film au Festival international Watch docs de Varsovie en 2009 en plus d’avoir été sélectionné dans de nombreux festivals tels que le Festival international du film de Vancouver cette année. Parrainé par La Source, il sera à l’affiche le 30 septembre et le 8 octobre à la Pacific Cinémathèque.